Musique Classique en ligne - Actualité, concerts, bios, musique & vidéos sur le net.

Musique classique et opéra par Classissima

Maurice Ravel

vendredi 31 juillet 2015


Classiquenews.com - Articles

Hier

CD, compte rendu. Maurice Ravel. Daphnis et Chloé (Philippe Jordan, 1 cd Erato 2014)

Classiquenews.com - Articles CD, compte rendu. Maurice Ravel. Daphnis et Chloé (Philippe Jordan, 1 cd Erato 2014). C’est un superbe accomplissement qui outre sa pleine réussite dans les équilibres si ténus chez Ravel, confirme les affinités indiscutables de Philippe Jordan avec la musique française. Le choix du programme reste très pertinent car il apporte une lecture enfin nouvelle sur Daphnis et Chloé, ne serait-ce que par la présence « rectifiée » des voix chorales, éléments essentiel ici quand il est souvent relégué (à tort) dans d’autres versions… Le chœur (opportunément très présent dans la prise de cet enregistrement parisien de 2014) apporte cette couleur vocale imprécise et flottante (il ne dit rien de précis ou ne participe pas linguistiquement à l’action), emblème de ce néoclassicisme dont rêvait Ravel. Mais que Diaghilev sut écarter lors d’une reprise londonienne en 1914, goût ou économie oblige ? La subtilité de la partition ravélienne grandit dans cette restitution sonore où les instruments pèsent autant que les voix. La récente production du Roi Arthus de Chausson, révélée dans sa parure orchestrale l’a démontré à l’Opéra Bastille : Philippe Jordan sait faire chanter et parler l’orchestre parisien avec une finesse de ton rare, qui l’inscrit dans le sillon de son père, Armin. Ecoute intérieure, équilibre des pupitres, lisibilité et voile générique, hédonisme et motricité, le chef actuel directeur musical de la Maison parisienne cisèle et sculpte avec autant de tact que de puissance, révélant comme personne avant lui, – de notre propre expérience récente, le Wagner de Tannhaüser ou surtout du Ring. Chambrisme et rugosité véhémente d’un orchestre qui est devenu son complice. Le travail et l’entente s’écoutent ici, au service d’un Ravel à la fois sensuel et impressionniste, antiquisant et onirique au delà de toute imagination. La baguette éclaire l’oeuvre en la rendant non à son raffinement précieux mais à sa sobriété enchanteresse. Daphnis et Chloé étincelle d’intelligence et d’accomplissement imprévus oubliés : une série de révélation sonore en cascade grâce à la baguette enchantée du chef suisse. La Valse surenchérit dans le registre de la sensualité instrumentale ; elle s’élève encore d’une marche pour atteindre cette lascivité impudique, osant des oeillades à peine voilées pour une extase enfiévrée proprement irrésistible. D’un paganisme franc et mouvant, Philippe Jordan, à la fois caressant, suggestif, nerveux, fait émerger les mélodies les unes après les autres avec un sens inné de la séduction comme de la continuité organique (pour ne pas dire charnelle). Cette version n’aurait pas déplu à Béjart pour sa chorégraphie, s’il l’avait connue. Magistral. Paris a la chance de bénéficier d’un chef d’une telle maturité raffinée. Et si l’Orchestre national de Paris était le meilleur orchestre à Paris ? CD, compte rendu. Maurice Ravel. Daphnis et Chloé (Ballet en un acte, créé le 29 mai 1913), La Valse (Poème chorégraphique, créé le 12 décembre 1920). Orchestre et choeur de l’Opéra national de Paris. Philippe Jordan, direction. 1 cd Erato 0825646166848, 1h08mn. Enregistré à Paris en octobre 2014.

Resmusica.com

28 juillet

Hommage au pianiste Ivan Moravec

Le pianiste tchèque est décédé à l’âge de 85 ans. C’était l’un des musiciens majeurs de notre époque, bien que fort discret et peu médiatisé. Il incarnait l’exigence musicale : l’anti bling-bling en quelque sorte. Natif de Prague, Ivan Moravec découvre la musique auprès de son père, juriste et chanteur amateur. Son parcours est ensuite des plus classiques : premières leçons de piano à 7 ans, entrée au conservatoire de Prague à 15 ans, puis à l’université des Arts à 20 ans. Le grand Arturo Benedetti Michelangeli l’entend et l’invite à participer à ses classes de maître en Italie. Bien que remarqué pour son talent, le jeune Moravec est inconnu en dehors de son pays et la guerre froide n’arrange rien ! Pourtant le petit label américain Connoisseur Society parvient à négocier une ouverture du Rideau de fer et le jeune homme se rend aux États-Unis, enregistre quelques galettes et (en 1964) se produit avec le Cleveland Orchestra et George Szell . Sa carrière international semble lancée, mais le contexte politique revient au galop : Moravec est privé de sortie et son passeport lui est parfois confisqué ; il faut dire qu’en homme de convictions, il n’a jamais cherché à flatter les autorités. Dès lors, il se concentre sur l’enseignement, à Prague, et lors de classes de maître lorsqu’il est autorisé à quitter le pays. À l’inverse d’autres artistes, il ne fit pas de la chute du mur de Berlin une opportunité de carrière mondiale et il resta fort discret, toujours concentré sur la musique. La reconnaissance internationale arrivera tardivement : en 1999, la maison de disque Philips lui consacre l’un des volumes de son édition des Grands pianistes du XXe siècle, et en 2002 il reçoit le Prix pour l’ensemble de sa carrière des Cannes Classical Awards (désormais International Classical Music Awards). Moravec était un pianiste hautement exigeant et méticuleux, au point de préparer lui-même les pianos sur lesquels il jouait. Son répertoire était plutôt limité ; dans un entretien à nos confrère de Gramophone, il déclarait : « la vie est si courte et je me suis concentré sur ce que je sens que je fais de mieux ». Outre les compositeurs tchèques, il fréquentait les grands classiques du répertoire : Mozart, Beethoven, Debussy, Ravel et surtout Chopin qu’il grava tout au long de sa carrière. Son enregistrement des Nocturnes (1965) est considéré comme l’un des meilleurs : le New York Times le classa même dans le top 5 des références du compositeur. Moravec était également l’un des plus grands interprètes de la musique de César Franck : ses gravures du Prélude, choral et fugue et des Variations symphoniques sont des références. On lui doit de nombreux enregistrements chez Vox, Dorian Records et surtout Supraphon qui possède la plupart de son legs. Surnommé le « poète du piano », par son jeu délicat et subtil, il déclarait, en 2010, à la radio tchèque : « Ce qui est idéal pour l’état d’âme et la situation intérieure d’un musicien, c’est de jouer comme si l’œuvre était interprétée par quelqu’un d’autre. Il faut que vous flottiez dans la musique sans être dérangé par la technique, l’instrument ou par vos propres fautes. Si l’interprète est bien préparé, s’il n’est pas souffrant, si le public ne tousse pas trop, il peut lui arriver quelque chose qui ne lui est jamais venu à l’idée, comme un petit éclair au milieu de la nuit. C’est le rêve de chaque interprète. » Crédits photographiques : Stadtarchiv Cesky Krumlov/DR




Resmusica.com

28 juillet

Au Verbier Festival, Gergiev et Ravel, en hommage à Maïa Plissetskaïa

Rarement le chef d’orchestre Valery Gergiev est apparu aussi investi et aussi émouvant que dans cet énorme concert en hommage à la danseuse russe Maïa Plissetskaïa . Salle archi comble. Et si le seul nom de Valery Gergiev suffit à remplir un auditorium, la présence au programme du populairissime Boléro de Ravel n’est pas étranger à ce succès public. Après une spectaculaire mais insignifiante ouverture du concert avec le Concerto pour 3 pianos de Mozart (où on a quand même pu apprécier le toucher subtil de Daniil Trifonov), on s’affaire pour mettre en place l’écran sur lequel sera projeté le Boléro de Ravel dansé par Maïa Plissetskaïa (1925-2015), sur la chorégraphie désormais fameuse de Maurice Béjart. La proximité de Valery Gergiev avec la danseuse, femme de son ami compositeur Rodion Shchedrin, est la raison de cet hommage posthume à celle qu’on appelait la « prima ballerina assoluta ». Dès les premières mesures du Boléro, Valery Gergiev domine le Verbier Festival Orchestra au grand complet dans un pianissimo d’une incroyable tension. Sur l’écran, la figure longiligne de Maïa Plissetkaïa envahit l’atmosphère. Un étrange climat s’installe entre l’obsédant leitmotiv musical et l’image de la danseuse. Il n’y a plus d’écran, plus de film, la symbiose entre la musique et la danse est totale. A travers l’évidente émotion de Valery Gergiev, l’orchestre se pare de couleurs que l’on ne lui avait pas entendues jusqu’ici. Au fur et à mesure que s’amplifie l’obsédant motif ravélien, le chef s’anime. Avec ce geste si connu de sa main gauche tremblant, il insuffle les variations de modulation des pupitres. C’est une conscience impressionniste qui, du bout de ses doigts, pétrit la musique pour construire un immense et glorieux édifice de sonorités. Serrant sa minuscule baguette, sa main droite martèle le temps. Son bras soudain s’élève pour s’abattre brusquement, accompagné par son regard, vers les violoncelles, dont il sollicite l’impulsion. Le son de l’orchestre enfle, le volume sonore submerge tout, coupe le souffle. Comme une marée retentissante. On s’arrime à son siège. Comme une drogue, on a la peur au ventre et, comme une drogue, on en espère encore. La conjonction de la grandeur plastique et enflammée de Maïa Plissetskaïa transportée par la danse et de l’ébouriffant Verbier Festival Orchestra transcendé par la direction de Valery Gergiev agit comme un envahissement passionnel. Quand le tonitruant accord final retentit, le public, enfin libéré du carcan de l’émotion, exulte. Valery Gergiev, ému, sollicite le salut de l’orchestre avant de se retourner pour saluer le public. Alors qu’un portrait de Maïa Plissetskaïa est projeté sur l’écran, les applaudissements du public redoublent, rejoints par ceux de Valery Gergiev et des musiciens de l’orchestre, vibrant et sincère hommage à la danseuse récemment disparue. Après un long entracte pour évacuer l’émotion de cette interprétation bouleversante du Boléro de Ravel, Valery Gergiev remonte sur l’estrade pour diriger la Symphonie Pathétique de Tchaïkovski, autre œuvre chargée de sentiment. Ici encore, on assiste à du grand, du très grand Gergiev. Avec les quatre mouvements de la symphonie enchaînés sans interruption, selon la volonté du compositeur, on saisit mieux l’unité de l’œuvre. Extraordinairement attentif et prompt à répondre aux injonctions du chef, le Verbier Festival Orchestra ravit par sa ductilité. Que de nuances, que de silences contrôlés, que de lyrisme dans la direction du chef russe. Soignant particulièrement les pupitres, il réussit une formidable peinture sonore. Passant des bois aux cuivres, puis des cuivres aux cordes dans un moelleux tapis musical, il peint cette symphonie avec des images mélodiques, sans qu’aucun heurt ne vienne troubler la ligne musicale. Après que les dernières notes aient retenti, le public, bouleversé, n’ose applaudir. Ce ne seront qu’après de longues minutes qu’il offre une ovation aux protagonistes de ce miraculeux concert. Merci Monsieur Gergiev ! Crédits photographiques : Nicolas Brodard

Resmusica.com

25 juillet

Devoir de mémoire envers Jeanne d’Arc et Jean Zay

Sous la baguette fervente de Philippe Ferro , et soutenu par divers solistes vocaux, l’Orchestre d’harmonie de la région Centre rend un vibrant hommage musical à deux légendes qui ont marqué la ville d’Orléans : Jeanne d’Arc et Jean Zay. La belle figure de Jeanne d’Arc (1412-1431) a constamment fasciné les compositeurs, depuis Jean de Virey (1548-1623), dont la musique pour sa tragédie Jeanne d’Arques (1600) ne nous est malheureusement pas parvenue, jusqu’à Henri Tomasi (1901-1971) avec son oratorio le Triomphe de Jeanne (1955), en passant par Rodolphe Kreutzer, Simon Leborne, Michele Carafa, Franz Liszt (avec – déjà ! – Jeanne d’Arc au bûcher), Gilbert-Louis Duprez, Gaston Serpette, Auguste Mermet, Charles Gounod, Henri Marteau, Charles-Marie Widor, Charles Lenepveu, Benjamin Godard, Charles Poisot, Ernest Chausson, André Caplet, René de Boisdeffre, Max d’Ollone, Fernand de la Tombelle, Raymond Roze. On pourrait encore citer – liste non exhaustive – Adolphe Bourdon, Paul Paray (dont la Messe du cinquième Centenaire a connu une belle gravure Mercury sous sa direction), Arthur Honegger (dont Jeanne d’Arc au bûcher demeure sans doute la plus célèbre des évocations musicales de l’héroïne), André Jolivet, Marcel Dupré… Maurice Ravel avait en projet un grand opéra d’après la Jeanne d’Arc (1925) de Joseph Delteil, mais la maladie en empêcha la réalisation. Philippe Ferro, directeur musical de l’Orchestre d’harmonie de la région Centre, n’a pas échappé à cette fascination, en accomplissant le rêve de Ravel : inspiré du modèle du 14 Juillet de Romain Rolland confié à huit compositeurs de France, il en convoqua six pour la réalisation de cette imposante Fresque musicale sur la vie de Jeanne d’Arc, parmi lesquels on retrouve précisément Désiré Dondeyne (1921-2015), le légendaire chef de la Musique des Gardiens de la Paix, qui avait dirigé la première gravure du 14 Juillet de Romain Rolland. Œuvre haute en couleur, hommage vibrant rendu en 2012 à l’occasion du 600e anniversaire de la naissance de Jeanne d’Arc, elle se décline en 6 tableaux pour soprano, récitant et orchestre d’harmonie, chacun dévolu à un compositeur : 1 – « Domrémy, l’enfance » (Jacques Castérède ) ; 2 – « Chinon, présentation à Charles VII » (Michel Merlet ) ; 3 – « Orléans, le siège » (Roger Boutry ) ; 4 – « Compiègne et Rouen, arrestation et jugement » (Désiré Dondeyne) ; 5 – « le Bûcher » (Ida Gotkovsky ) ; 6 – « et c’est le souvenir… » (Édith Canat de Chizy). Faire voisiner cette œuvre avec un Hommage à Jean Zay (1904-1944) était la décision idéale, puisque ce fut précisément à son initiative qu’eurent lieu les représentations du 14 juillet de Romain Rolland en juillet 1936 au Théâtre de l’Alhambra à Paris. Ministre de l’Éducation Nationale et des Beaux-Arts sous le Front populaire, le Juif Jean Zay, emprisonné par le régime de Vichy en 1940 et assassiné en 1944 à l’âge de 39 ans par la Milice, a fait son entrée au Panthéon ce 27 mai 2015. Commande de l’Orchestre d’harmonie de la région Centre, et également œuvre collective, l’Hommage à Jean Zay, créé en mai 2011, est un triptyque musical pour baryton solo et ensemble à vents, dont les parties furent dévolues à Henri Dutilleux , Michaël Levinas et Tôn-Thất Tiết, sur des poèmes respectifs de Jean Cassou, Max Jacob et Jean Zay lui-même. Les remarquables enregistrements proposés ici sont le reflet des deux créations publiques et font absolument honneur au label Klarthe. Le visuel et les excellentes notices donnent une parfaite idée du soin apportée à la conception. Et il va sans dire combien tous les interprètes sans exception se sont totalement investis dans cette réalisation, modèle du genre qu’il convient de soutenir et d’encourager avec enthousiasme.



Classiquenews.com - Articles

25 juillet

Seiji Ozawa : the complete Warner recordings (25 cd)

CD, coffret événement, compte rendu critique. Seiji Ozawa : The complete Warner recordings, 25 cd). Mère chrétienne, père bouddhiste, Seiji Ozawa est la synthèse Orient Occident, né le 1er septembre 1935 en Chine (province du Mandchoukuo, la Mandchourie alors occupée par les japonais), c’est l’enfant de métissages et de cultures subtilement associées dont la force et l’acuité, la sensibilité et l’énergie ont façonné une trajectoire singulière, l’une des plus passionnantes à l’écoute de son héritage musicale parmi les chefs d’orchestre du XXème siècle. Il partage avec le regretté Frans Bruggen, la même tension féline au pupitre, soucieuse de précision et de souplesse. une leçon de communication et de maintien, pour tous les nouveaux princes de la baguette, rien qu’à les regarder. D’abord pianiste, Seiji se destine à la baguette et à la direction d’orchestre sous la houlette du professeur Hideo Saito, figure majeure de l’essor de la musique classique au Japon. Sa carrière est lancée avec l’obtention du premier prix à Besançon en 1959 : l’élève à Paris de Eugène Bigot a ébloui par sa finesse et son charisme. Il a 24 ans. Le prodige est l’invité de CHarles Munch à Boston, de Karajan à Berlin. C’est aussi un élève assidu de Tanglewood dès 1960 : à la discipline maîtrisée, le jeune chef approfondit son intuition, sa liberté et ses prises de risques aux côtés de Munch, Bernstein, Copland… Assistant de Karajan, Seiji devient aussi celui de Bernstein. Dès lors, le nouveau tempérament de la direction circonscrit son propre répertoire, idéalement équilibré : la musique française, les piliers germaniques, classiques et romantiques, Tchaikovsky et Gustav Mahler (une passion transmise par Bernstein que délaissa Karajan). Mais ici pas de Mahler hélas mais des Tchaikovski à couper le souffle dont la 4ème avec l’Orchestre de Paris en 1970, qui depuis a perdu cet état de grâce entre mordant vif argent et dramatisme universel, qui donne justement à Piotr Illiytch des accents mahlériens. Le sens du fatum, la claire consciente d’une unicité à la fois maudite et capable d’espoir, rétablit comme peu, l’héroisme tchaikovskien, sans omettre sur le plan de l’articulation et de la transparence un travail qui renoue avec Munch et Karajan. Rien de moins (cd5). Faune pointilliste, direction féline L’ascension du jeune oriental très américanisé ne tarde pas : directeur du festival de Ravinia (1964-1968), Seiji Ozawa devient directeur musical du Toronto Symphony orchestra ((1965-1969), du San Francisco Symphony (1970-1976), du Boston Symphony (depuis 1972 et jusqu’en 2002), de l’Opéra de Vienne (2002-2010). Ozawa a fondé le New Japan Phiharmonic (1972), l’Orchestre Saito Kinen (littéralement en hommage à Saito, 1984) , le festival de Matsumoto (1992) enfin en 2003, une nouvelle compagnie lyrique, the Tokyo Opera Nomori. Diminué à cause d’un cancer à l’oesophage, Ozawa a réduit ses engagements depuis 2010, revenant peu à peu à la vie musicale et honorant ses nombreuses responsabilité dans son pays, le Japon, et déclarant non sans humour, “Je vais essayer au maximum de m’empêcher de mourir”. Erato réédite l’ensemble de son héritage enregistré depuis 1969 (Rimski, Bartok, Kodály, Janacek, Lutoslawski à Chicago), jusqu’à Shadows of time de Dutilleux dont il a piloté la création à Boston en 1997… Le Boston Symphony est particulièrement à l’honneur dans ce corpus (30 ans de collaboration quand même) mais aussi d’autres phalanges qui révèlent l’adaptabilité et l’aisance du chef Ozawa à relever les défis de la direction d’orchestres aux profils différents : Chicago Symphony orchestra, Orchestre de Paris, Orchestre National de France, Berliner Philharmoniker, London Philharmonic Orchestra, Philharmonia, London Symphony orchestra, Japan Philarmonic orchestra… Ozawa étend son répertoire aux oeuvres rares (Concerto pour violon de Sibelius et de Bruch (avec la soliste Masuko Ushioda), et surtout japonaises (évidemment Takemitsu est ses climats supendus filigranés, certaines oeuvres nécessitant des instruments traditionnels (dans So-Gu II de Ishii). Mais même lorsqu’il dirige son compatriote Takemitsu, Ozawa renoue avec la couleur et le sens du timbre, idéal français (car Takemitsu doit beaucoup à Ravel et Debussy). A la tête de chaque phalange, malgré sa singularité voire l’ampleur de ses effectifs, le geste d’Ozawa préserve la transparence, la clarté des couleurs, une précision aussi d’horloger qui pourtant sait tempérer sa métrique trop rigide pour favoriser le souffle, la respiration intérieure, une certaine vision à la fois organique et pointilliste des partitions. En faune inspiré, Ozawa a toujours su instiller et transmettre une pulsation dynamique étonnamment alerte et vive voire agile et nerveuse : sa direction de félin le caractérise principalement. A Tanglewood, approchant Copland, Ozawa reçoit le goût de la musique américaine du XXème siècle : plusieurs gravures de ce coffret Warner en témoignent clairement : Concertos pour violon de Barber (avec Itzhak Perlman), de Earl Kim et Robert Starer, Sérénade de Bernstein (hommage à son maître)… Chez les français, Ozawa allie sa maîtrise rythmique, son sens des couleurs, à une intelligence de l’architecture totalement inédite, ses correspondances intérieures ; une telle affinité explique qu’il s’est particulièrement engagé pour la création des oeuvres de Dutilleux et Messiaen : de ce dernier, création dès 1966 des Sept Haikai, spécilisation à peine voilée dans l’interprétation de la Turangalîla Symphonie, avant l’accomplissement lyrique spectaculaire, la création à l’Opéra Bastille de Saint-François d’Assise en 1983. Il restait un nouveau volet à se polyptique impressionnant : Le Temps l’horloge de Dutilleux créé au TCE avenue Montaigne, lieu emblématique de la modernité depuis Le Sacre, en 2009 (René Fleming et le National de France). Parmi les partenaires, outre la violoniste déjà citée, Masuko Ushioda (Sibelius, 1971), citons les grands partenaires du maestro : Alexis Weissenberg (Concerto de Ravel, 1970, avec l’Orchestre de Paris ; Rhapsodie in blue de Gershwin, 1983 avec le Berliner Philharmoniker), Michel Béroff (Stravinsky, 1971), Itzhak Perlman (Wieniawski, 1971 ; Kim et Starer, Boston, 1983 ; Barber, 1994 ; Gagneux et Shchedrin, 1994), Vladimir Spivokov (Tchaikovsky, 1981), Anne-Sophie Mutter (Symphonie espagnole de Lalo, National de France, 1984), surtout Mitslav Rostropovitch (Concertos de Dvorak, 1985 ; de Prokofiev et Shostakovitch, 1987 ), … Comparaison édifiante, l’écoute comparative des deux versions de L’Oiseau de feu (ballet intégral) : à 9 années d’intervalle ; d’abord avec l’Orchestre de Paris en avril 1972, puis avec le Boston Symphony orchestra en avril 1983. Ciselée, et pourtant prenante, comme inscrite dans un matériau souterrain, la direction émerveille par le sens du climat, de la transparence, détaillant chaque accent instrumental en une mosaïque de couleurs étonnamment lisible : du grand art, pointilliste et dramatique. La Supplication de l’Oiseau (CD10, plage 6) allie la définition des timbres (bois et cordes), les nuances et le sens de l’écoulement en une danse envoûtante portée à incandescence… A Boston, 9 ans plus tard, autre orchestre autre équilibre : la sonorité s’est arrondie, disposant d’un orchestre moins nerveux, les détails qu’y distille maître Ozawa sont plus flous mais non moins précisément énoncés, avec toujours ce sens scintillant des atmosphères, canalisant la tension en une formidable machinerie narrative : un faune ensorceleur qui de l’une à l’autre gravure, maintient ici et là une étonnante capacité à exprimer dans la clarté et aussi l’absolu mystère : éloge de l’action et de l’ombre. Saisissant : Ozawa sait faire sonner chaque qualité de l’Orchestre, de Paris à Boston. Aucun doute là dessus, l’Ozawa des années 1970 est d’un acier étincelant, qui souffle une fièvre détaillée vif argent, architecturée, “pointilliste” comme le chatoiement d’un Seurat et aussi l’éclat scintillant organique d’un Titien : ce coffret qui regroupe la majorité des enregistrements de cette décade miraculeuse forme un corpus incontournable.

Resmusica.com

22 juillet

Hommage à l’un des plus grands archets du siècle, Itzhak Perlman

S’il ne joue plus aujourd’hui, se consacrant à l’enseignement, Itzhak Perlman , qui fête ses soixante-dix ans, a bien été l’un des plus grands violonistes du siècle passé. DG lui rend un hommage mérité, que domine une sublime intégrale des Sonates de Beethoven avec Ashkenazy (mais le reste vaut aussi le détour!). Itzhak Perlman fête ses soixante-dix ans et ses éditeurs rendent hommage à ce géant du violon. DG tire le premier avec ce somptueux coffret de 25 CD, qui reprend exactement pochettes et couplages d’origine, d’où un minutage assez chiche. Du catalogue Decca proviennent d’abord de pures merveilles : les Sonates de Beethoven avec Vladimir Ashkenazy sont sans nul doute parmi les plus belles jamais gravées. L’entente entre les deux musiciens est parfaite et la sonorité royale de Perlman, sa virtuosité éblouissante et surtout sa musicalité font de ces Sonates tellement enregistrées les plus belles du disque, malgré un piano parfois caverneux, comme souvent chez Decca dans les années 70. De la même trempe, le sublime Trio op. 40 de Brahms avec Barry Tuckwell et les Sonates de Franck et de Debussy. Lynn Harrell se joint à eux pour un Trio de Ravel tout de lyrisme et de feu. Le choix de couplages d’origine nous vaut d’ailleurs aussi une Sonate pour violoncelle de Debussy, hommage amical de Perlman à ses deux complices. Du catalogue DG lui-même ensuite, on retient surtout l’ensemble des « grandes » Sonates de Mozart , avec cette fois Daniel Barenboim , moins parfait peut-être que le sommet beethovénien mais empreint d’une humanité bouleversante. Le même Barenboim accompagne l’immense Concerto pour violond’Elgar, émouvant hommage à la défunte Jacqueline Du pré, ainsi que, avec l’orchestre de Paris, les morceaux de bravoure du répertoire français, Saint-Saëns, Lalo, Berlioz et même Wieniawsky, français de style, sinon de naissance. Plus extérieur, le récital avec orchestre accompagné par Mehta est d’une virtuosité bluffante, tandis que la Symphonie concertante et le Concertone de Mozart souffrent de cette direction peu concernée. A tout prendre l’intégrale des Concertos de Mozart avec Levine et les viennois pourra paraître un peu classique par rapport aux rivaux Kremer-Harnoncourt, autrement décoiffants, mais quel style ! Restent trois curiosités, les airs de Bach avec violon obligé chantés par Kathleen Battle , assez conventionnels, les Quatre Saisons partagées entre Stern, Mintz, Zukermann et Perlman accompagnés de nouveau par Mehta, qui hérisseront le poil des « baroqueux », et deux grands concertos (Tchaïkovski et Chostakovitch), où Perlman prend assez rudimentairement la baguette pour accompagner un Ilya Gringolts plein de manières et de pâmoisons. Qu’importe, la figure de l’un des plus grands violonistes du 20e siècle ressort avec éclat de ce coffret somptueux, en attendant celui promis par Warner à partir du fonds EMI.

Maurice Ravel
(1875 – 1937)

Maurice Ravel (7 mars 1875 - 28 décembre 1937), était un compositeur français de l’époque moderne. Avec son aîné Claude Debussy, Ravel fut la figure la plus influente de la musique française de son époque et le principal représentant du courant dit impressionniste au début du xxe siècle. Son œuvre, modeste en nombre d'opus (quatre-vingt-six œuvres originales, vingt-cinq œuvres orchestrées ou transcrites), est le fruit d'un héritage complexe s'étendant de Couperin et Rameau jusqu'aux couleurs du jazz et d'influences multiples dont celle, récurrente, de l'Espagne. Caractérisée par une grande diversité de genres, la production musicale de Ravel respecte dans son ensemble la tradition classique et s'étale sur une période créatrice de plus de quarante années qui la rendent contemporaine de celles de Fauré et Debussy mais aussi de Stravinski, Bartók ou Gershwin. La grande majorité de ses œuvres a intégré le répertoire de concert. Parmi celles-ci le ballet symphonique Daphnis et Chloé (1909-12), le Boléro (1928), les deux concertos pour piano et orchestre (pour la main gauche, 1929-31 ; en sol majeur, 1930-31) et l’orchestration des Tableaux d'une exposition de Moussorgski (1922) sont celles qui ont le plus contribué, depuis des décennies, à sa renommée internationale. Reconnu comme un maître de l’orchestration et un artisan perfectionniste, Ravel ne s'est jamais départi d'une sensibilité et d'une expressivité particulière.



[+] Toute l'actualité (Maurice Ravel)
31 juil.
Classiquenews.com...
28 juil.
Resmusica.com
28 juil.
Resmusica.com
25 juil.
Resmusica.com
25 juil.
Classiquenews.com...
22 juil.
Resmusica.com
17 juil.
Les blogs Qobuz
16 juil.
Les bons plans de...
16 juil.
Resmusica.com
14 juil.
Resmusica.com
9 juil.
Resmusica.com
8 juil.
Sphère Wordpress
3 juil.
Carnets sur sol
2 juil.
Resmusica.com
1 juil.
Le blog d'Olivier...
1 juil.
Resmusica.com
30 juin
Resmusica.com
30 juin
La lettre du musi...
29 juin
Resmusica.com
25 juin
Le blog d'Olivier...

Maurice Ravel




Ravel sur le net...



Maurice Ravel »

Grands compositeurs de musique classique

Boléro Dafnis Et Chloé Gaspard De La Nuit Concerto En Sol Tableaux D Une Exposition

Depuis Janvier 2009, Classissima facilite l'accès à la musique classique et étend son audience.
Avec des services innovants, Classissima accompagne débutants et mélomanes dans leur experience du web.


Grands chefs d'orchestre, Grands interprètes, Grands artistes lyriques
 
Grands compositeurs de musique classique
Bach
Beethoven
Brahms
Debussy
Dvorak
Handel
Mendelsohn
Mozart
Ravel
Schubert
Tchaïkovsky
Verdi
Vivaldi
Wagner
[...]


Explorer 10 siècles de musique classique ...