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Musique classique et opéra par Classissima

Maurice Ravel

mardi 28 juillet 2015


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25 juillet

Devoir de mémoire envers Jeanne d’Arc et Jean Zay

Resmusica.com Sous la baguette fervente de Philippe Ferro , et soutenu par divers solistes vocaux, l’Orchestre d’harmonie de la région Centre rend un vibrant hommage musical à deux légendes qui ont marqué la ville d’Orléans : Jeanne d’Arc et Jean Zay. La belle figure de Jeanne d’Arc (1412-1431) a constamment fasciné les compositeurs, depuis Jean de Virey (1548-1623), dont la musique pour sa tragédie Jeanne d’Arques (1600) ne nous est malheureusement pas parvenue, jusqu’à Henri Tomasi (1901-1971) avec son oratorio le Triomphe de Jeanne (1955), en passant par Rodolphe Kreutzer, Simon Leborne, Michele Carafa, Franz Liszt (avec – déjà ! – Jeanne d’Arc au bûcher), Gilbert-Louis Duprez, Gaston Serpette, Auguste Mermet, Charles Gounod, Henri Marteau, Charles-Marie Widor, Charles Lenepveu, Benjamin Godard, Charles Poisot, Ernest Chausson, André Caplet, René de Boisdeffre, Max d’Ollone, Fernand de la Tombelle, Raymond Roze. On pourrait encore citer – liste non exhaustive – Adolphe Bourdon, Paul Paray (dont la Messe du cinquième Centenaire a connu une belle gravure Mercury sous sa direction), Arthur Honegger (dont Jeanne d’Arc au bûcher demeure sans doute la plus célèbre des évocations musicales de l’héroïne), André Jolivet, Marcel Dupré… Maurice Ravel avait en projet un grand opéra d’après la Jeanne d’Arc (1925) de Joseph Delteil, mais la maladie en empêcha la réalisation. Philippe Ferro, directeur musical de l’Orchestre d’harmonie de la région Centre, n’a pas échappé à cette fascination, en accomplissant le rêve de Ravel : inspiré du modèle du 14 Juillet de Romain Rolland confié à huit compositeurs de France, il en convoqua six pour la réalisation de cette imposante Fresque musicale sur la vie de Jeanne d’Arc, parmi lesquels on retrouve précisément Désiré Dondeyne (1921-2015), le légendaire chef de la Musique des Gardiens de la Paix, qui avait dirigé la première gravure du 14 Juillet de Romain Rolland. Œuvre haute en couleur, hommage vibrant rendu en 2012 à l’occasion du 600e anniversaire de la naissance de Jeanne d’Arc, elle se décline en 6 tableaux pour soprano, récitant et orchestre d’harmonie, chacun dévolu à un compositeur : 1 – « Domrémy, l’enfance » (Jacques Castérède ) ; 2 – « Chinon, présentation à Charles VII » (Michel Merlet ) ; 3 – « Orléans, le siège » (Roger Boutry ) ; 4 – « Compiègne et Rouen, arrestation et jugement » (Désiré Dondeyne) ; 5 – « le Bûcher » (Ida Gotkovsky ) ; 6 – « et c’est le souvenir… » (Édith Canat de Chizy). Faire voisiner cette œuvre avec un Hommage à Jean Zay (1904-1944) était la décision idéale, puisque ce fut précisément à son initiative qu’eurent lieu les représentations du 14 juillet de Romain Rolland en juillet 1936 au Théâtre de l’Alhambra à Paris. Ministre de l’Éducation Nationale et des Beaux-Arts sous le Front populaire, le Juif Jean Zay, emprisonné par le régime de Vichy en 1940 et assassiné en 1944 à l’âge de 39 ans par la Milice, a fait son entrée au Panthéon ce 27 mai 2015. Commande de l’Orchestre d’harmonie de la région Centre, et également œuvre collective, l’Hommage à Jean Zay, créé en mai 2011, est un triptyque musical pour baryton solo et ensemble à vents, dont les parties furent dévolues à Henri Dutilleux , Michaël Levinas et Tôn-Thất Tiết, sur des poèmes respectifs de Jean Cassou, Max Jacob et Jean Zay lui-même. Les remarquables enregistrements proposés ici sont le reflet des deux créations publiques et font absolument honneur au label Klarthe. Le visuel et les excellentes notices donnent une parfaite idée du soin apportée à la conception. Et il va sans dire combien tous les interprètes sans exception se sont totalement investis dans cette réalisation, modèle du genre qu’il convient de soutenir et d’encourager avec enthousiasme.

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25 juillet

Seiji Ozawa : the complete Warner recordings (25 cd)

CD, coffret événement, compte rendu critique. Seiji Ozawa : The complete Warner recordings, 25 cd). Mère chrétienne, père bouddhiste, Seiji Ozawa est la synthèse Orient Occident, né le 1er septembre 1935 en Chine (province du Mandchoukuo, la Mandchourie alors occupée par les japonais), c’est l’enfant de métissages et de cultures subtilement associées dont la force et l’acuité, la sensibilité et l’énergie ont façonné une trajectoire singulière, l’une des plus passionnantes à l’écoute de son héritage musicale parmi les chefs d’orchestre du XXème siècle. Il partage avec le regretté Frans Bruggen, la même tension féline au pupitre, soucieuse de précision et de souplesse. une leçon de communication et de maintien, pour tous les nouveaux princes de la baguette, rien qu’à les regarder. D’abord pianiste, Seiji se destine à la baguette et à la direction d’orchestre sous la houlette du professeur Hideo Saito, figure majeure de l’essor de la musique classique au Japon. Sa carrière est lancée avec l’obtention du premier prix à Besançon en 1959 : l’élève à Paris de Eugène Bigot a ébloui par sa finesse et son charisme. Il a 24 ans. Le prodige est l’invité de CHarles Munch à Boston, de Karajan à Berlin. C’est aussi un élève assidu de Tanglewood dès 1960 : à la discipline maîtrisée, le jeune chef approfondit son intuition, sa liberté et ses prises de risques aux côtés de Munch, Bernstein, Copland… Assistant de Karajan, Seiji devient aussi celui de Bernstein. Dès lors, le nouveau tempérament de la direction circonscrit son propre répertoire, idéalement équilibré : la musique française, les piliers germaniques, classiques et romantiques, Tchaikovsky et Gustav Mahler (une passion transmise par Bernstein que délaissa Karajan). Mais ici pas de Mahler hélas mais des Tchaikovski à couper le souffle dont la 4ème avec l’Orchestre de Paris en 1970, qui depuis a perdu cet état de grâce entre mordant vif argent et dramatisme universel, qui donne justement à Piotr Illiytch des accents mahlériens. Le sens du fatum, la claire consciente d’une unicité à la fois maudite et capable d’espoir, rétablit comme peu, l’héroisme tchaikovskien, sans omettre sur le plan de l’articulation et de la transparence un travail qui renoue avec Munch et Karajan. Rien de moins (cd5). Faune pointilliste, direction féline L’ascension du jeune oriental très américanisé ne tarde pas : directeur du festival de Ravinia (1964-1968), Seiji Ozawa devient directeur musical du Toronto Symphony orchestra ((1965-1969), du San Francisco Symphony (1970-1976), du Boston Symphony (depuis 1972 et jusqu’en 2002), de l’Opéra de Vienne (2002-2010). Ozawa a fondé le New Japan Phiharmonic (1972), l’Orchestre Saito Kinen (littéralement en hommage à Saito, 1984) , le festival de Matsumoto (1992) enfin en 2003, une nouvelle compagnie lyrique, the Tokyo Opera Nomori. Diminué à cause d’un cancer à l’oesophage, Ozawa a réduit ses engagements depuis 2010, revenant peu à peu à la vie musicale et honorant ses nombreuses responsabilité dans son pays, le Japon, et déclarant non sans humour, “Je vais essayer au maximum de m’empêcher de mourir”. Erato réédite l’ensemble de son héritage enregistré depuis 1969 (Rimski, Bartok, Kodály, Janacek, Lutoslawski à Chicago), jusqu’à Shadows of time de Dutilleux dont il a piloté la création à Boston en 1997… Le Boston Symphony est particulièrement à l’honneur dans ce corpus (30 ans de collaboration quand même) mais aussi d’autres phalanges qui révèlent l’adaptabilité et l’aisance du chef Ozawa à relever les défis de la direction d’orchestres aux profils différents : Chicago Symphony orchestra, Orchestre de Paris, Orchestre National de France, Berliner Philharmoniker, London Philharmonic Orchestra, Philharmonia, London Symphony orchestra, Japan Philarmonic orchestra… Ozawa étend son répertoire aux oeuvres rares (Concerto pour violon de Sibelius et de Bruch (avec la soliste Masuko Ushioda), et surtout japonaises (évidemment Takemitsu est ses climats supendus filigranés, certaines oeuvres nécessitant des instruments traditionnels (dans So-Gu II de Ishii). Mais même lorsqu’il dirige son compatriote Takemitsu, Ozawa renoue avec la couleur et le sens du timbre, idéal français (car Takemitsu doit beaucoup à Ravel et Debussy). A la tête de chaque phalange, malgré sa singularité voire l’ampleur de ses effectifs, le geste d’Ozawa préserve la transparence, la clarté des couleurs, une précision aussi d’horloger qui pourtant sait tempérer sa métrique trop rigide pour favoriser le souffle, la respiration intérieure, une certaine vision à la fois organique et pointilliste des partitions. En faune inspiré, Ozawa a toujours su instiller et transmettre une pulsation dynamique étonnamment alerte et vive voire agile et nerveuse : sa direction de félin le caractérise principalement. A Tanglewood, approchant Copland, Ozawa reçoit le goût de la musique américaine du XXème siècle : plusieurs gravures de ce coffret Warner en témoignent clairement : Concertos pour violon de Barber (avec Itzhak Perlman), de Earl Kim et Robert Starer, Sérénade de Bernstein (hommage à son maître)… Chez les français, Ozawa allie sa maîtrise rythmique, son sens des couleurs, à une intelligence de l’architecture totalement inédite, ses correspondances intérieures ; une telle affinité explique qu’il s’est particulièrement engagé pour la création des oeuvres de Dutilleux et Messiaen : de ce dernier, création dès 1966 des Sept Haikai, spécilisation à peine voilée dans l’interprétation de la Turangalîla Symphonie, avant l’accomplissement lyrique spectaculaire, la création à l’Opéra Bastille de Saint-François d’Assise en 1983. Il restait un nouveau volet à se polyptique impressionnant : Le Temps l’horloge de Dutilleux créé au TCE avenue Montaigne, lieu emblématique de la modernité depuis Le Sacre, en 2009 (René Fleming et le National de France). Parmi les partenaires, outre la violoniste déjà citée, Masuko Ushioda (Sibelius, 1971), citons les grands partenaires du maestro : Alexis Weissenberg (Concerto de Ravel, 1970, avec l’Orchestre de Paris ; Rhapsodie in blue de Gershwin, 1983 avec le Berliner Philharmoniker), Michel Béroff (Stravinsky, 1971), Itzhak Perlman (Wieniawski, 1971 ; Kim et Starer, Boston, 1983 ; Barber, 1994 ; Gagneux et Shchedrin, 1994), Vladimir Spivokov (Tchaikovsky, 1981), Anne-Sophie Mutter (Symphonie espagnole de Lalo, National de France, 1984), surtout Mitslav Rostropovitch (Concertos de Dvorak, 1985 ; de Prokofiev et Shostakovitch, 1987 ), … Comparaison édifiante, l’écoute comparative des deux versions de L’Oiseau de feu (ballet intégral) : à 9 années d’intervalle ; d’abord avec l’Orchestre de Paris en avril 1972, puis avec le Boston Symphony orchestra en avril 1983. Ciselée, et pourtant prenante, comme inscrite dans un matériau souterrain, la direction émerveille par le sens du climat, de la transparence, détaillant chaque accent instrumental en une mosaïque de couleurs étonnamment lisible : du grand art, pointilliste et dramatique. La Supplication de l’Oiseau (CD10, plage 6) allie la définition des timbres (bois et cordes), les nuances et le sens de l’écoulement en une danse envoûtante portée à incandescence… A Boston, 9 ans plus tard, autre orchestre autre équilibre : la sonorité s’est arrondie, disposant d’un orchestre moins nerveux, les détails qu’y distille maître Ozawa sont plus flous mais non moins précisément énoncés, avec toujours ce sens scintillant des atmosphères, canalisant la tension en une formidable machinerie narrative : un faune ensorceleur qui de l’une à l’autre gravure, maintient ici et là une étonnante capacité à exprimer dans la clarté et aussi l’absolu mystère : éloge de l’action et de l’ombre. Saisissant : Ozawa sait faire sonner chaque qualité de l’Orchestre, de Paris à Boston. Aucun doute là dessus, l’Ozawa des années 1970 est d’un acier étincelant, qui souffle une fièvre détaillée vif argent, architecturée, “pointilliste” comme le chatoiement d’un Seurat et aussi l’éclat scintillant organique d’un Titien : ce coffret qui regroupe la majorité des enregistrements de cette décade miraculeuse forme un corpus incontournable.




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22 juillet

Hommage à l’un des plus grands archets du siècle, Itzhak Perlman

S’il ne joue plus aujourd’hui, se consacrant à l’enseignement, Itzhak Perlman , qui fête ses soixante-dix ans, a bien été l’un des plus grands violonistes du siècle passé. DG lui rend un hommage mérité, que domine une sublime intégrale des Sonates de Beethoven avec Ashkenazy (mais le reste vaut aussi le détour!). Itzhak Perlman fête ses soixante-dix ans et ses éditeurs rendent hommage à ce géant du violon. DG tire le premier avec ce somptueux coffret de 25 CD, qui reprend exactement pochettes et couplages d’origine, d’où un minutage assez chiche. Du catalogue Decca proviennent d’abord de pures merveilles : les Sonates de Beethoven avec Vladimir Ashkenazy sont sans nul doute parmi les plus belles jamais gravées. L’entente entre les deux musiciens est parfaite et la sonorité royale de Perlman, sa virtuosité éblouissante et surtout sa musicalité font de ces Sonates tellement enregistrées les plus belles du disque, malgré un piano parfois caverneux, comme souvent chez Decca dans les années 70. De la même trempe, le sublime Trio op. 40 de Brahms avec Barry Tuckwell et les Sonates de Franck et de Debussy. Lynn Harrell se joint à eux pour un Trio de Ravel tout de lyrisme et de feu. Le choix de couplages d’origine nous vaut d’ailleurs aussi une Sonate pour violoncelle de Debussy, hommage amical de Perlman à ses deux complices. Du catalogue DG lui-même ensuite, on retient surtout l’ensemble des « grandes » Sonates de Mozart , avec cette fois Daniel Barenboim , moins parfait peut-être que le sommet beethovénien mais empreint d’une humanité bouleversante. Le même Barenboim accompagne l’immense Concerto pour violond’Elgar, émouvant hommage à la défunte Jacqueline Du pré, ainsi que, avec l’orchestre de Paris, les morceaux de bravoure du répertoire français, Saint-Saëns, Lalo, Berlioz et même Wieniawsky, français de style, sinon de naissance. Plus extérieur, le récital avec orchestre accompagné par Mehta est d’une virtuosité bluffante, tandis que la Symphonie concertante et le Concertone de Mozart souffrent de cette direction peu concernée. A tout prendre l’intégrale des Concertos de Mozart avec Levine et les viennois pourra paraître un peu classique par rapport aux rivaux Kremer-Harnoncourt, autrement décoiffants, mais quel style ! Restent trois curiosités, les airs de Bach avec violon obligé chantés par Kathleen Battle , assez conventionnels, les Quatre Saisons partagées entre Stern, Mintz, Zukermann et Perlman accompagnés de nouveau par Mehta, qui hérisseront le poil des « baroqueux », et deux grands concertos (Tchaïkovski et Chostakovitch), où Perlman prend assez rudimentairement la baguette pour accompagner un Ilya Gringolts plein de manières et de pâmoisons. Qu’importe, la figure de l’un des plus grands violonistes du 20e siècle ressort avec éclat de ce coffret somptueux, en attendant celui promis par Warner à partir du fonds EMI.

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17 juillet

Le blog de l’été (1) – Ce jour-là : 1er juillet 1907

Ce jour-là, le programme de la soirée avait associé Chabrier, Couperin, Wagner, Schumann, Fauré et Beethoven, son idole. Ce jour-là, Marcel Proust avait puisé dans sa tirelire pour régaler ses amis, dont quelques illustres personnalités parisiennes, d’un dîner fin suivi d’un concert très privé. Et, paraphrasant Victor Hugo, l’auteur de la Recherche notera : « La chose fut exquise et fort bien ordonnée.» Ce jour-là, 1er juillet 1907, grand dîner au Ritz ! Tout avait commencé deux semaines auparavant lorsque Proust avait été reçu (à minuit, horaire proustien) par Gaston Calmette, le tout-puissant directeur du Figaro que l’épouse d’un ministre assassinera sept ans plus tard. C’est alors que le jeune Marcel, dont « les longs articles peu au goût du public » selon l’intéressé, paraissaient, dans le quotidien du Tout-Paris, proposa à son employeur d’organiser un dîner, en quelque sorte en son honneur. Calmette ouvrit son carnet : « Le 1er juillet vous conviendrait-il ?». Le lieu de la fête et le menu, on s’en occupera plus tard ; trouver d’abord le grand musicien qui donnera tout son éclat à la manifestation, et peut-être même se mettra au piano. Gabriel Fauré, directeur du Conservatoire depuis le scandale du Prix de Rome refusé à Ravel, était le bon choix. L’urgence, c’est aussi de lancer les invitations – une opération délicate dont la fabuleuse correspondance de l’écrivain qu’un asthme très sévère cloue pratiquement toute la journée au lit révèle les troubles, hésitations, scrupules et états d’âme. Gabriel Fauré, c’était le bon choix ; mais il se décommanda de la soirée… (Ph. Paul Nadar) Mme Emile Straus, née Geneviève Halévy. Proust comptait sur sa présence mais elle ne vint pas. Et Proust la remercia : elle aurait eu si froid ! (Ph. Paul Nadar) « Je suis odieux de vous tourmenter » Première personne avertie : Emmanuel Bibesco (lettre dans la nuit du 11 au 12 juin). Première personne consultée, Madame Emile Straus, née Geneviève Halévy (oui, La Juive !), dont le fils Jacques Bizet (oui, Carmen !) est le condisciple de Proust au lycée Condorcet. Consultée, et harcelée – le 21 juin : « Pardonnez-moi de venir encore vous ennuyer : savez-vous un peu maintenant comment vous serez lundi 1er, si vous croyez que vous pourrez venir dîner ou que vous ne pourrez venir qu’après. Je sais que je suis odieux de vous tourmenter. Mais voilà, six (souligné 3 fois) personnes m’ont répondu comme vous ! Alors si on me laisse dans l’incertitude jusqu’au dernier jour, je suis menacé ou bien si je compte sur des gens qui ne viendront pas de rester à peu près en tête-à-tête avec Madame d’Haussonville sans son époux et Madame de Clermont-Tonnerre qui elles viennent sûrement, ce qui me sera très désagréable pour elles, comme je les connais très peu, ou bien si pour parer à cela j’en invite en plus maintenant, si au dernier moment les six viennent, d’avoir des dames que je ne saurai où placer, ou au moins que je placerai très mal. Et si vous me dites le 1er juillet à sept heures que vous viendrez dîner, je serai ivre de joie, mais je vous placerai très mal… » Du Proust pur jus. Quels vins choisir ? Repris dans des termes voisins pour M. de Clermont-Tonnerre (« qui est plus jeune mais qui descend de Charlemagne »), pour Mme de Noailles, Gabriel de La Rochefoucauld, le Marquis Illan de Casa Fuerte (« d’une extraordinaire beauté »), Mme Gaston de Caillavet, le suisse Edouard Rod, ami de Ramuz, et Henry Bordeaux, et Maurice Barrès, mais pas certain Joseph Reinach, trop dreyfusard pour côtoyer un Clermont-Tonnerre… Deux grandes semaines de soucis épistolaires et de « téléphonages ». Soucis protocolaires aussi : « Comment placer les non-nobles : Fauré, Béraud, Calmette et Dufeuille ? Comment ne pas ébruiter l’événement (« Ne parlez de cette réunion à personne car j’ai très peu de monde »). Mme Straus encore interrogée : quel menu pour un grand dîner et quels vins choisir ? C’est le duc Armand de Guiche (futur Saint Loup dans La Recherche) qui s’en occupera… Finalement, la chère Geneviève Straus ne viendra pas, et Proust la remerciera pour cette défection : « Je suis bien heureux que vous ne soyez pas venue au Ritz. Quand j’ai vu le froid qu’il y faisait (du jamais vu, d’ailleurs, pour un 1er juillet — une pluie glaciale, thermomètre bloqué à 12 degrés, indique Le Figaro !), je n’avais qu’une peur c’est de vous voir entrer. Dans quel état vous seriez revenue ! ». Edouard Risler (1873-1929). Appelé en dernière minute, il sauva la soirée, mais coûta cher ! Parfait, charmant… Quant à l’autre absent de marque, ce sera Gabriel Fauré qui, exténué par les concours de fin d’année et pris subitement d’une grave indisposition, fera savoir, la veille à sept heures du soir, qu’il devait garder la chambre. Paniqué, Proust appelle au secours Edouard Risler, glorieux pianiste français, premier interprète à Paris de 32 Sonates de Beethoven. Risler viendra, en compagnie de Marguerite Hasselmans, l’élève préférée de Fauré, et de Maurice Hayot, professeur de violon au Conservatoire, qui interprèteront la fauréenne Berceuse op. 16 et la première Sonate op. 13. Ruineux, ce contretemps : mille francs, qui s’ajoutent, comme le précise Proust à l’ami Reynaldo (Hahn), malheureusement retenu à Londres, aux « 600 + 700 francs pour le dîner, mais ça été parfait, charmant. » Pendant une pause, Proust chuchotera à l’oreille des dames âgées : « J’ai donné mille francs à Risler, croyez-vous que c’était assez ? » Ces dames en chœur : « Beaucoup trop ! »… Lohengrin aux Folies-Bergères Proust, loin encore d’être reconnu comme l’écrivain majeur de son temps, deviendra, comme l’indique George D. Painter, son grand biographe britannique, le « Proust du Ritz ». Il sera fidèle à ses goûts musicaux (en 1892 : Beethoven, Wagner, Schumann ; plus tard Debussy, Fauré, et toujours Beethoven), acquis dès l’enfance, auprès de sa mère, et les égrènera sous différentes formes dans l’immense, la précieuse Recherche du temps perdu. Ici, la passion du Baron Charlus pour le violoniste Morel ; là, certaine Sonate de Vinteuil, une invention dont Franck est le modèle évident, qui « donne à Mme Verdurin de telles névralgies faciales qu’elle est obligée de s’enduire les ailes du nez d’une pommade pour se protéger de cette beauté envahissante »… Et encore, sous forme de boutade, « l’admirable Pelléas, tout à fait le style de Malbrough s’en va-t-en-guerre », et « cette femme de ministre qui croit que Lohengrin se donne aux Folies-Bergères, et que c’est tordant. » Tard dans la nuit Plus tard, Proust s’abonnera au théâtrophone pour écouter seul, dans sa chambre « capitonnée de liège », Les Maîtres Chanteurs et Pelléas. Il fera aussi venir, mais tard dans la nuit, les musiciens à domicile… Lettre à Jean-Louis Vaudoyer en décembre 1920 : « Est-ce que si cette semaine je faisais jouer auprès de mon lit pour deux ou trois beethovéniens le XIVe Quatuor, vous viendriez ? Si ma santé le rendait possible, je tâcherais en effet, après des années de silence, d’entendre pendant une heure de la musique. » Un autre jour, il appelle à trois heures du matin le violoniste Lucien Capet, fondateur du Quatuor qui porte son nom. Il veut entendre, rapporte Georges de Lauris, quelque prix qu’il dût y mettre, le Quatuor de Debussy et l’entendre immédiatement (…) Capet dut éveiller ses collègues, et Marcel, seul dans l’appartement du boulevard Haussmann, écouta ce Quatuor qui ne répondit jamais à plus grand désir. » Le Quatuor Capet (Henri Casadesus Lucien Capet, Marcel Casadesus, Maurice Hewitt) : le Quatuor de Debussy, à trois heures du matin… Une petite surprise Anecdote, hors musique. Ce même 1er juillet 1907, soirée Ritz, le ministre Joseph Caillaux, l’époux de la meurtrière susmentionnée, déclare devant les députés : « Je n’ai pas l’habitude de crier très haut mes projets (…) mais j’engage ceux de mes compatriotes qui partiraient d’un pied léger, avec leurs titres sous les bras, pour la Suisse à n’être pas trop étonnés si dans quelque temps ils avaient une petite surprise. Je puis leur dire avec certitude que la réalisation d’accords n’est qu’une question de temps »… « La mer toujours recommencée », dit Paul Valéry … (Diapason – Chronique de juin 2014) Pour combler votre curiosité La correspondance de Proust (21 volumes, Plon) Marcel Proust par George D. Painter (Mercure de France, 1966) Proust et la musique du devenir par Georges Piroué (Denoël,1960) Le blog du vendredi 24 juillet 18 octobre 1752 : la création du Devin du Village Retrouvez la chronique de Claude Samuel dans le magazine Diapason de juin 2015 : « Ce jour-là, 8 novembre 1793 : Création de L’Institut national de musique, futur Conservatoire de Paris »



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16 juillet

Angela Hewitt et le festival autour du lac Trasimène

En dix saisons, le Festival du Trasimène, organisé par Angela Hewitt , a fait le tour du lac, élargissant chaque fois le cercle. En Ombrie, presque chaque petite ville recèle un ravissant théâtre à l’italienne. Cette onzième année, les aficionados ont découvert celui de Bevagna, dont l’intimité était un cadre parfait pour les deux récitals (Bach, Beethoven, Scarlatti, et Granados, Albeniz, de Falla) d’Angela Hewitt , directrice musicale. Du 4 au 10 juillet 2015, la pianiste canadienne a joué dix fois, seule, avec un ou deux musiciens, avec le Mahler chamber orchestra, venu pour la première fois, ou avec l’orchestre Camerata Salzburg et son chef Hannu Lintu, un habitué du festival, car cinq des sept concerts avaient lieu deux fois, dans deux endroits différents. Le 6 juillet, Angela Hewitt a joué trois Partitas de Bach et une Sonate de Beethoven, d’abord l’après-midi au théâtre Torti de Bevagna, puis au château de l’Ordre souverain de Malte à Magione, le soir. Après quelques instants pour oublier le son, comme amplifié, du Fazioli de Magione, on pouvait écouter la pianiste transmettre la grâce, la légèreté et toute la noblesse de la première Partita BWV825. Un premier mouvement presque romantique, quelques envolées d’une précision aussi abstraite que poétique, et cette grande spécialiste de Bach nous fit entendre aussi l’humour caché entre les notes, l’obstination gracieuse, les caprices, et on voyait naître parfois sur ses lèvres un sourire qui s’adressait très probablement à Bach lui-même. La Sonate « des Adieux » de Beethoven était, elle, jouée avec un mélange de détachement et d’émotion, pour finir avec une insistance aussi abstraite, obstinée et légère que celle d’un chant d’oiseau. Le 9 juillet, avec le quatuor Maramoe et la harpiste Nabila Chajai , la soirée était française. Avec Syrinx, une pièce assez rare de Debussy, le bref solo d’une flûte invisible a donné le ton, lancé du haut des arcades qui entourent la cour du château. Descendu sur scène, le flûtiste Andrea Oliva a joué, avec la harpiste Nabila Chajaj, le Prélude à l’après-midi d’un faune, dans une adaptation parfaite pour ce morceau aérien. Simone Briatore ajouta la voix grave de son alto au duo pour jouer la Sonate pour flûte, alto et harpe : c’était l’apparition d’une voix humaine, comme un appel qui se mêlait au vent de la harpe et de la flûte. Deux pièces de Ravel suivaient, le Quatuor en fa, puis l’ Introduction et Allegro pour flûte, : on relevait la poésie papillonnante de la harpe et la clarinette sensible de Calogero Palermo . Crédit photographique : Angela Hewitt joue au Château de l’Ordre des Chevaliers de Malte à Magione (c) Lorenzo Dogana / Trasimeno Music Festival

Maurice Ravel
(1875 – 1937)

Maurice Ravel (7 mars 1875 - 28 décembre 1937), était un compositeur français de l’époque moderne. Avec son aîné Claude Debussy, Ravel fut la figure la plus influente de la musique française de son époque et le principal représentant du courant dit impressionniste au début du xxe siècle. Son œuvre, modeste en nombre d'opus (quatre-vingt-six œuvres originales, vingt-cinq œuvres orchestrées ou transcrites), est le fruit d'un héritage complexe s'étendant de Couperin et Rameau jusqu'aux couleurs du jazz et d'influences multiples dont celle, récurrente, de l'Espagne. Caractérisée par une grande diversité de genres, la production musicale de Ravel respecte dans son ensemble la tradition classique et s'étale sur une période créatrice de plus de quarante années qui la rendent contemporaine de celles de Fauré et Debussy mais aussi de Stravinski, Bartók ou Gershwin. La grande majorité de ses œuvres a intégré le répertoire de concert. Parmi celles-ci le ballet symphonique Daphnis et Chloé (1909-12), le Boléro (1928), les deux concertos pour piano et orchestre (pour la main gauche, 1929-31 ; en sol majeur, 1930-31) et l’orchestration des Tableaux d'une exposition de Moussorgski (1922) sont celles qui ont le plus contribué, depuis des décennies, à sa renommée internationale. Reconnu comme un maître de l’orchestration et un artisan perfectionniste, Ravel ne s'est jamais départi d'une sensibilité et d'une expressivité particulière.



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Boléro Dafnis Et Chloé Gaspard De La Nuit Concerto En Sol Tableaux D Une Exposition

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